COVID 19, expérience sociétale à balles réelles – Michel Serres Institute – 01/09/2020

En pensant à Michel Serres qui aurait eu 90 ans aujourd’hui et à Philippe Frémeaux, ancien PDG d’Alternatives Economiques et éclaireur de l’Institut Michel Serres, qui nous a quittés il y a un mois.

Une revue de la presse – santé et économie

Pendant 6 mois nous avons suivi la presse et centré notre synthèse sur les sujets suivants : l’État comme puissance publique, le marché comme institution, l’économie et le marché, les ressources et les mal-nommées « lois » du marché, l’investissement comme outil de politique publique, mais aussi les instruments permettant de mesurer l’état de démesure de notre monde.

L’intérêt de l’avoir fait est double : ces sujets forment un tout « santé-économie-politique » et, en tant qu’ensemble, ils permettent de mieux comprendre le comment des plans de relance en Europe, en France ou ailleurs. Par exemple, dans la tendance baissière des taux d’intérêt depuis le Moyen-Age [1], les Etats empruntent aujourd’hui à des taux d’intérêt très bas, et même négatifs.
La pandémie, un fait social total, agit comme un réactif qui condense certains traits du système qui régit le monde actuel, le capitalisme post-industriel. Reste à savoir si, en ayant pris la mesure des problèmes, la peur du remède, que nous connaissons aussi, à savoir un bouleversement de nos modes de vie [2], sera plus forte que la raison.
Avec l’héritage politique de Michel Serres, l’Institut Michel Serres fait de ces questions son objet de travail. Avec ou sans Covid.

Remise en Etat et en démocratie

La pandémie interroge à nouveau le modèle de développement dans lequel s’est engagé le monde depuis quelques décennies et prône la mise en œuvre d’une éthique de la modération.
La réalisation du rôle de l’Etat et des services publics (politique industrielle, mutualisation des dettes, éducation, santé, etc.) face aux marchés a été légitimée dans la gestion de la crise Covid-19 afin qu’elle soutienne le bien-être social, la transition écologique et la solidarité sociale [3]. Le dernier sondage Viavoice montre que la société se positionne largement dans cette perspective [4].
Cela signifie le respect de l’État de droit et des règles de concurrence, les priorités dans l’investissement et la relocalisation des activités stratégiques, comme la sécurité sanitaire, alimentaire etc. Ainsi, la crise sanitaire met en lumière l’importance des biens publics et des liens sociaux. Pour financer la crise Covid, l’UE et plusieurs pays ont mis en place des circuits de financement responsable politiquement, dispositifs qui échappent aux « lois » du marché (v. plus bas) et qui disciplinent la finance (3).
Cela met en cause la centralité du dispositif marchand pour départager le fondamental de l’accessoire, identifier les secteurs qui doivent être abondés ou abandonnés, et distinguer entre le productif et l’improductif, l’utile et l’inutile (les biens nécessaires et superflus).
La pandémie a révélé enfin qu’il y a des biens et des services qui doivent être placés en dehors du marché, ou alors qu’il faut que le marché et ses règles fonctionne à l’intérieur, et non à l’extérieur, du processus démocratique.
Il n’y donc pas d’un côté l’État et de l’autre le marché, ou le politique et l’économique. Concrètement, l’opposition dualiste santé – économie, ancrée dans la culture occidentale (Kant, Marx, Nietzsche, etc.), est un piège. La santé humaine, parce qu’elle est socialisée, engage toujours une forme d’organisation économique, mais elle ne peut le faire qu’en se soumettant aux besoins, aux limites et aux conditions de la vie. Opposer santé et économie signifie abandonner l’économie à la logique marchande du profit [5].

Pour répondre aux besoins des sociétés (pauvreté, santé etc.) il y a trois leviers essentiels : l’État, le marché et la société civile [6] :

  • l’État doit opérer à la fois comme investisseur (éducation, recherche, santé, infrastructures) et comme assureur contre les risques (perte d’emploi, chocs macroéconomiques etc.a) ;
  • le marché, pour encourager l’innovation et générer une stimulation des énergies latentes et une certaine prospérité, essentiellement par des mécanismes de création et de gestion de dette ;
  • la société civile, pour promouvoir des normes sociales (réciprocité, entraide) et protéger contre l’abus de pouvoir étatique ou privé.

Cela dessine une économie sociale de marché inscrite dans une démocratie sociale dans laquelle on aimerait voir ces leviers fonctionner pour mieux répondre aux enjeux socio-écologiques, et notamment se saisir du défi générationnel qui cache des clivages entre classes sociales dont la fracture se situe entre diplômés et non-diplômés. Mais avec ou sans diplôme, les jeunes générations vivrons avec moins de moyens que leur parents et hériteront d’une planète plus polluée et fortement appauvrie en ressources vitales [7].

L’État puissance publique, le marché, l’économie sociale de marché

L’État est indispensable à l’économie de marché, où il est dans son rôle pour canaliser le marché et oeuvrer au bien commun transcendant l’intérêt immédiat des actionnaires.
Seules les puissances publiques peuvent garantir les capitaux exigés par les défis socio-écologiques et les priorités que recouvre l’intérêt général [8].
Par exemple, il y a l’État qui crée et garantit la monnaie, unité de mesure de la valeur qui ne renvoie à aucune réalité matérielle, mais qui révèle l’existence d’un cadre de confiance [9]. La puissance publique est sensée assurer le contrôle des chaînes de valeurs dans des secteurs stratégiques (santé, énergies renouvelables, numérique). Cela demande des politiques d’investissement et un dialogue social facilitant la co-gestion des entreprises (6).

On se rappellera qu’après la 2e Guerre Mondiale la politique de Roosevelt articulait dans un cadre politique le crédit, la monnaie, le budget et le financement de la puissance publique. Par le biais de réseaux de banques et d’institutions publiques du crédit, l’État était le banquier et le créancier de l’économie et pouvait surveiller et orienter la masse monétaire.
L’État, décidant des investissements, de leur taux de rémunération et des secteurs stratégiques, le marché devenait une force secondaire. La suprématie de la puissance publique sur la sphère de l’argent privé rendait possible de flécher l’argent dans l’intérêt commun [10].
Cette économie sociale de marché a transformé, comme jamais dans l’histoire, les modes de vie en alliant croissance matérielle et évolution des institutions de l’Etat-providence. Il lui manquait un volé écologique, qui n’a pas tardé à se révéler dans la société.

Depuis, la puissance publique s’est mise au service de l’économie de marché globalisé et a perdu de vue la finalité de l’économie. Cette mutation de l’État par le néolibéralisme, qui bouleverse le fonctionnement des économies, s’est manifesté par la mondialisation, la perte de pouvoir des salariés et un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux entreprises et leurs actionnaires, la flexibilisation des marchés du travail, la financiarisation accrue [11].
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Or, l’État a un rôle constituant, avec la nécessité d’instituer le marché par tout un ensemble de normes, elles-mêmes structurantes pour les politiques publiques (5). Cela pose problème car la puissance publique doit continuer à assumer son rôle d’architecte et d’investisseur dans l’économie, le social et l’écologie, et se libérer des exigences des marchés obligataires qui tiennent pour indiscutables les objectifs d’austérité salariale, de flexibilité du travail, de la réduction de la dépense publique et sociale ou de dépolitisation de la monnaie (10).
Le rôle de l’État est appelé à se renforcer face
(i) aux problèmes politiques et sociaux qui ont conduit à des économies où il n’y a pas assez de salaires et trop de dette publique [12], mais surtout pour reprendre la main sur les politiques monétaires [13].
(ii) à la double monté en puissance (i) des stratégies des entreprises face aux attentes des marchés financiers, la consolidation de leurs valeurs intrinsèques et la maximisation de la valeur actionnariale et (ii) de l’activisme actionnarial pour influencer le comportement des entreprises dans lesquelles les actionnaires investissent [14].

Ainsi, émancipé des régimes de dette marchande, les fondamentaux économiques et les décisions d’investissement, dont le retour à la planification stratégique [15], résulteraient des dispositifs démocratiques.

Les lois du marché – tout sauf un gage de justice et de sécurité sociétale

On considère que l‘économie est un artifice de la civilisation et le marché, c.-à-d. la concurrence pure, est une institution de gouvernance avec des règles, une institution politique autonome juridiquement construite (9). Le marché recouvre un ordre marchand qui se soustrait d’autant plus facilement à la démocratie qu’on le prétend régi par des lois qui lui seraient propres. Les « lois » du marché sont politiques : périmètres temporel et matériel du droit de propriété, lieux de production, conditions de travail, structure même du marché, rôles des services publics, garantie de la monnaie, etc. Le marché n’est par conçu par des lois qui s’imposeraient au corps social parce qu’elles relèveraient d’un état de nature économique. Il y a le droit qui forme, déforme et réforme un ordre marchand. Ce champ est régi par des lois juridiques prévoyant les positions et les pouvoirs de chacun, et les règles du jeu de l’ordre marchand, c.-à-d. la construction d’une instance sociale appelé le marché.
Les prétendues « lois du marché » sont donc des « lois » produites par les institutions politiques sous l’influence des raisonnements de base des courants dominants de la science économique et des positions idéologiques et des politiques économiques qui reflètent les tendances des jeux de pouvoir au fil du temps (11). Voici la table des 10 « lois » à l’oeuvre actuellement : (i) Créer massivement de la monnaie nourrit l’inflation ; (ii) Un chômage bas pousse les salaires à la hausse ; (iii) La bourse finance les entreprises ; (iv) Une dévaluation booste la croissance ; (v) Une hausse du SMICdétruit les emplois ; (vi) Une baisse des cotisations crée des emplois ; (vii) On ne peut pas avoir des taux d’intérêt négatifs ; (viii) L’ouverture des échanges profite à tous ; (ix) Les entreprises ont besoin de l’épargne des ménages ; (x) La dette publique est un obstacle à la croissance.

Marché, ressources, investissements, dumping et spéculation

L’idéologie du consensus de Washington 1989 (dérégulation, dette, gouvernance ) [16] considère que le marché est la seule institution capable d’allouer efficacement des ressources.
Les marchés (leurs règles, calculs et stratégies) décident de la valeur des choses, des entreprises ou des Etats et s’arrogent la légitimité de décider en première instance de l’investissement dans l’économie. Ce faisant, ils s’octroient des leviers non-démocratiques pour l’allocation de crédits et pour orienter des politiques économiques. Les marchés financiers globaux sont des outils permettant de spéculer sur les prochaines stratégies de recherche de rente [17].
Ainsi, la libération des marchés permet d’insérer toujours plus d’entreprises, activités et emplois dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Cela alors que le droit international du commerce et de l’investissement réduit le pouvoir de réguler des autorités publiques et protège les intérêts des investisseurs.
L’ouverture continuelle des marchés a eu comme effet de sécuriser l’accès aux matières premières, de garantir aux multinationales leur mainmise sur les chaînes d’approvisionnement à de coûts aussi faibles que possible et à les aider à conquérir de nouveaux marchés. Cette mondialisation des chaînes de valeur s’est traduite par la déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires et constitue le phénomène majeur des économies contemporaines (12).
Ces politiques engendrent du dumping social et écologique et font de l’emploi et de la planète les variables d’ajustement de la rentabilité économique et financière. Cela au détriment de l’environnement et de l’accès aux besoins essentiels des populations (17).
Deux exemples :

  1. Le marché régit le secteur agricole qui bénéficiait de la protection nationale ou communautaire par rapport à la concurrence et la volatilité des prix ;
  2. La protection du secteur des énergies fossiles tenait d’un accord archaïque et obscure, le Traité sur la Charte de l’énergie [18]. Cette protection des investissements dans les combustibles fossiles, avec le mécanisme des différends entre investisseurs et Etats, augmente le coût de la transition écologique et est incompatible avec le droit européen ou la convention climat COP 2015 de Paris.

En somme,

  • l’ordre marchand et la marchandisation systématique sont devenus incompatibles avec les exigences démocratiques et anthropologiques ;
  • l’appropriation privative des ressources s’amplifie et s’accélère : qui possédera la Nature ? On notera aussi que les mêmes trois leviers essentiels pour structurer une économie sociale de marché et assurer l’organisation démocratique de la société – l’État, le marché et la société civile / les communautés locales – sont appelés à assurer la plus efficiente allocation et utilisation des ressources. Ainsi, dans un système polycentrique de décision, état, marché et communautés tentent d’optimiser et de préserver des ressources convoitées. Elinor Ostrom et son système de Common Pool Resources (dans Gouvernance des biens communs en 1990 et des contributions ultérieures), identifie les processus mis en œuvre pour gérer les communs à partir des choix collectifs légitimés par des règles négociées donnant lieu à des droits et des devoirs.
Quoi et comment mesurer – cadres et indicateurs pour sortir de la démesure

On peut résumer la situation en deux formules

  • les états n’auraient pas les concepts pour changer la société contemporaine [19] ;
  • on doit changer de modèle, mais on ne sait pas comment faire (12).

La science et les expériences alternatives un peu partout dans le monde peuvent apporter des éléments de réponse immédiate. Ainsi, mettre en œuvre des politiques publiques, des programmes et des projets de territoires et engager les entreprises sur des trajectoires de soutenabilité demandent, au-delà des instruments normatifs et règlementaires, des outils de diagnostic d’une nouvelle génération, systémiques et contraignants.

Pour dépasser et même rentrer en rupture avec le système dominant de marché et celui des indicateurs de la surproduction / surconsommation que symbolise le PIB, des indicateurs de référence physico-sociaux capables d’informer sur les patrimoines critiques et sur le caractère habitable de la planète sont nécessaires. Ces indicateurs doivent avoir la justice comme impératif, afin qu’une éthique de la modération, de la mesure, puisse servir de boussole civilisationnelle [20].
On manque d’indicateurs qui donnent une vision précise et simultanée de l’évolution du système socio-écologique, et notamment des indicateurs harmonisés pour faciliter la coordination et le dialogue politique et économique. Cette démarche peut concilier une économie innovante avec le souci de la mobilité sociale et de la protection de la nature, c.-à-d. des systèmes plus égalitaires et plus protecteurs (offrir de véritables garanties de revenus, de formation et de couverture de santé).
Par exemple, on ne peut pas aller vers la sobriété énergétique sans aller dans le même temps vers une très forte réduction des inégalités, un impôt lourdement progressif sur les hauts revenus, les hauts patrimoines et les fortes émissions de carbone [21].
On a bien conscience qu’il aura toujours une face cachée des chiffres, qu’ils sont une représentation manipulable de la réalité, qu’ils ne sont jamais impartiaux et ne parlent pas d’eux-mêmes [22]. N’empêche, les modèles d’analyses et le système de données publiques doivent changer afin de permettre de mieux comprendre les risques macro- et microéconomiques, financiers, de transition, de responsabilité [23].
Nous avons insisté depuis quelques années [24] sur la démarche ressources-santé commune , une santé réciproque et partagée à des niveaux d’organisation intégrée que sont les personnes (la santé publique), la société (la santé sociale) et la santé des milieux naturels.
La puissance du concept de santé réside dans sa triple connotation : une valeur universelle, un diagnostic, et une métaphore, une signification symbolique. C’est pourquoi, la problématique de la santé commune, contrairement à d’autres concepts en circulation (développement durable, transformation, métamorphose, transition), permet de mieux cerner

  • l’état et la dynamique d’un ensemble de ressources données,
  • les priorités, le degré d’urgence et les modalités concrètes de mise en œuvre de programmes, projets etc.,
  • les arbitrages et les stratégies visant l’intérêt général avec des règles d’investissement et de profit actionnarial permettant de réserver un pourcentage des transactions privées à l’amortissement des externalités négatives et la préservation de communs, mais aussi à la cohésion sociale,
  • la nature et la hauteur des ressources humaines, institutionnelles, financières, etc. à mobiliser, et, ainsi, de favoriser l’acceptation sociétale d’un changement radical de système de société.

Ioan Negrutiu, 1er septembre 2020

 

Notes

[1Chavagneux C, 2020, Un déclin historique des taux d’intérêt, Alternatives Economiques 398, 17

[2Descola Ph, 2020, Nous sommes devenus des virus pour la planète. Entretien, N Truong, Le Monde, 22/05/2020

[3Quatremer J, interview P Gentiloni, Libération, 01/07/2020

[4Bouchet-Petersen J, La peur du chômage à la relance. Libération, 26/08/2020

[5Stiegler Barbara, Libération, 30/04/2020

[6Aghion P, Libération, 27/05/2020

[7Dossier Les jeunes sont-ils sacrifiés ? Alternatives Economiques 398, 20-33, 2020

[8Guetta B, Libération, 14/07/2020

[9Lavaine M, Libération, 16/04/2020

[10Lemoine B, Libération, 02/06/2020

[11Dossier L’économie hors la loi, Alternatives Economiques 404, 20-31, 2020

[12Artus P, 2020, Entretien Alternatives Economiques 404, 32

[13Scialom L,. Nous avons collectivement perdu la main sur la politique monétaire, Alternatives Economiques 403, 76-79, 2020

[14(http://analysefinanciere.org/2020/07/24/activisme-actionnarial/ ; Comment s’immuniser contre l’activisme actionnarial ? 24/07/ 2020

[15Passet O, Rebâtir d’urgence le « Plan », c’est possible ! Alternatives Economiques 404, 62-63, 2020

[17Combes M et al, Libération, 08/07/2020

[18Europe : le traité sur l’énergie fait obstacle au climat. Libération, 07/07/2020

[19Stiegler Bernard, 2020, La science des priorités, par Blin S et Faure S Libération, 8-9 / 08 / 2020

[20Méda D, Libération, 18/08/2020

[21Piketty T, Libération, 20/05/2020

[22Mongenest T et Houlou-Garcia A, Le théorème d’Hypocrite. Histoire de la manipulation par les chiffres de Pythagore à Covid-19. Albin Michel 2020 (ar Christian Chavagneux)

[23Chavagneux C, Le climat révolutionne les banques centrales. Alternatives Economiques 399, 94-95, 2020

Soouce: http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article630

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