Livres. Le confinement qui a « délié notre imaginaire » – L’Humanité -27/07/2020

Le philosophe Bernard Vasseur s’interroge sur ce qu’a révélé la crise sanitaire et les aspirations qui y sont nées. Il y voit grandir l’exigence d’un monde « d’après le capitalisme » que Marx appelait le communisme. Par Vincent Roy, écrivain, éditeur et critique, tenant une chronique littéraire pour L’Humanité Dimanche.

Quelles leçons allons-nous tirer de la crise sanitaire et de ses conséquences ? Vers quel monde nous dirigeons-nous ? Vers quel « système » ? Voici les questions posées d’abord par un petit livre pédagogique et précis. Son auteur, Bernard Vasseur, à la suite d’un diagnostic fouillé, propose des pistes de réflexion sérieuses.

La « start-up nation » (quelle expression est plus orientée ?), a subi de plein fouet la pandémie et son dirigeant fut si désemparé, si interdit qu’il a parlé de « guerre ». Curieux emploi de ce mot dans de telles circonstances. A quelles ruptures des relations diplomatiques, donc, en somme, du dialogue, monsieur Macron voulait-il, en vérité, faire référence ? Souhaitait-il, pour paraphraser Clausewitz, continuer à faire de la politique par d’autres moyens ? Mais oui, c’est bien de cela dont il s’agit — du moins, dans un second temps car, dans un premier, il a laissé aux mandarins les responsabilités, commode moyen de se défausser. Ses ordres, enfin, furent contradictoires, comme le note justement Vasseur : « Allez voter », « Allez travailler » mais surtout, « Restez chez vous ». Le président-général a envoyé au front des « soldats sans arme ».

Bref, « le monde à l’envers du confinement », celui de l’envers du décor, nous a ouvert les yeux, explique notre auteur — et nous souhaitons qu’il dise vrai en pariant sur notre prise de conscience. Il aura « délié notre imaginaire ». Partant, il nous enjoint à penser « l’après », non le jour d’après mais le « système d’après » : l’après-capitalisme. Tout se passe, au fond, comme si le virus faisait de la politique malgré lui : « Pour la Covid-19 que dit-on ? Qu’il faut considérer l’explosion immobilière et démographique (considérable et rapide) de la ville chinoise de Wuhan : que cette densification urbaine a conduit à faire exploser ses limites et à aménager en périphérie des espaces livrés à l’agro-business, à l’installation de firmes et d’entreprises et au traçage d’imposants réseaux routiers ; qu’il a fallu pour libérer ces espaces détruire des milliers d’hectares de forêts ; qu’on a ainsi chassé loin du centre-ville des paysans pauvres violemment dépossédés, par ce raz-de-marée, de leur petite propriété ; que ces derniers, pour survivre se sont mis à chasser en forêt des animaux sauvages dont la consommation est devenue une mode sur le marché de Wuhan (le pangolin y était une marchandise mise en valeur non par la médecine chinoise traditionnelle ou des superstitions millénaires, mais par une campagne de marketing tout ce qu’il y a de plus moderne ». La suite, hélas, nous la connaissons bien. Ajoutons encore que les risques de morbidité du virus sont accrus par des modes de vie « valorisés » par le capitalisme le plus « Up to date » : surpoids et obésité liés à la malbouffe, pollution qui fragilise les systèmes respiratoires… La Covid-19 fait donc bien de la politique. Elle vote pour le capitalisme global, lequel, comme le souligne Vasseur, gagne toujours sur deux tableaux : les hôpitaux soignent les travailleurs qui produisent des richesses mais ce sont les Etats-nations qui prennent en charge le coût des soins et non le capital privé. Ainsi les profits sont-ils toujours privés et les dépenses toujours socialisées, autrement dit publiques. Le capital s’arroge les profits sans s’acquitter des frais. Et les laboratoires pharmaceutiques « vont profiter de l’aubaine » en mettant en vente le futur vaccin.

Dans Le Capital, Marx écrit : « La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du processus social de production qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur ».

Penser le « système d’après », pour Vasseur, c’est inverser les coordonnées : privilégier ce qui est socialement utile, retrouver un espace de souveraineté économique tant la « production ne peut s’accomplir dans l’ignorance des besoins sociaux », faire primer l’épanouissement des êtres sur la production des choses, mettre au premier plan « l’être-relationnel plutôt que l’avoir-singulier ».

Utopie ? Pourquoi donc ? Grande raison, au contraire.

Un ouvrage en vente dans la boutique de l’Humanité Après la crise sanitaire ? L’après-capitalisme

Source : Livres. Le confinement qui a « délié notre imaginaire » | L’Humanité

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