Faire communauté – Les Echos Executives – 26/06/2020

Il n’est pas sûr que le monde d’après soit très différent de celui d’avant. Mais il est probable que cette crise du Covid-19 ait fait évoluer les représentations des acteurs voire leurs mentalités.

Commençons par la place de l’humain. Pour la première fois, qu’à l’échelle mondiale, on privilégie l’humain à l’économique. En quoi est-ce déterminant ? Cela pourrait l’être dans la mesure où cela crée une première fois, un précédent. Depuis des décennies, dans les entreprises, le discours habituel est de valoriser l’humain , de faire des grandes déclarations sur ce capital humain qui serait ce qu’il y a de plus précieux. En pratique se sont presque toujours les considérations économiques qui priment. Mais cette fois-ci, le choix de la protection de la santé s’est fait aux dépens de la création de richesse. Les différents acteurs de l’entreprise ont interprété cette nécessité de protection de façon très différente. Cette balance entre la protection et l’exposition, certains l’ont fait totalement peser d’un côté et les autres à l’inverse.

Méfiance, clivages et digitalisation

Paradoxalement, alors que l’humain prend une nouvelle place, cette crise exacerbe la méfiance entre les acteurs. En conduisant tous les pays à fermer leurs frontières, elle désigne l’étranger comme un danger. Cette méfiance, on la retrouve au sein de chaque pays, au sein de chaque quartier, au sein de chaque entreprise. L’injonction aux gestes barrières – du masque à la distanciation sociale – nous rappelle (à juste titre) que toute personne est potentiellement dangereuse.

Cette méfiance généralisée induit des clivages. Clivages entre ceux qui ont eu la maladie et ceux qui ont besoin de se protéger ; clivage entre ceux qui sont exposés en allant travailler sur le terrain et ceux qui sont restés à l’abri grâce au télétravail ; clivage, demain avec la crise économique qui se profile, entre ceux qui garderont leur emploi et ceux qui l’auront perdu. Notons qu’en France nous sommes les champions de la méfiance.

Troisième dimension, la digitalisation de nos relations . La généralisation du télétravail pendant le confinement a, de fait, créé une distance entre les acteurs. Les avantages du travail en distanciel sont réels mais il isole les acteurs et rend plus difficile la possibilité de cultiver une relation de qualité.

Interprétation très individuelle de l’équilibre entre protection et exposition, méfiance à l’égard des autres, isolement des acteurs, on voit bien que les enjeux collectifs vont être au premier plan. Tout est fait pour que chacun se replie sur soi dans une ambiance de soupçon. Or l’entreprise a, avant tout, besoin de confiance, de jeu collectif et de culture commune.

Toutes les sociétés vont devoir être particulièrement attentives à créer les conditions qui dépassent l’exacerbation individualiste de la période que l’on vient de vivre.

Eric Albert est associé gérant d’Uside.

Source : Faire communauté, Innovation sociale – Les Echos Executives

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