Education, une industrie en transition – Management & Data Science – 25/05/2020

L’épidémie du COVID-19 engendre une crise inédite. Au départ sanitaire, elle touche tous les secteurs  de l’économie et l’ensemble des domaines de l’organisation (management, RH, juridique, etc.). Management & Data Science a souhaité rencontrer les meilleurs experts – toutes disciplines confondues – afin qu’ils nous livrent leur regard sur les conséquences, enjeux et opportunités digitales que pourrait générer cette crise dans leur domaine de référence. Nous rencontrons aujourd’hui Bernard BELLETANTE, président fondateur de Trajecthoard, et ex DG d’ EM Lyon, de Kedge BS et d’Euromed Management.

Quels sont, selon-vous, les principaux enjeux et opportunités de la crise du COVID-19 en matière de modèles éducatifs ?

La crise du COVID-19 est un accélérateur des transformations en cours. Nous sommes en effet confrontés à un bouleversement de l’industrie de l’éducation. Jusqu’alors conçue comme une industrie de stocks, elle doit entreprendre sa transition pour s’inscrire dans une logique de flux. Tout l’enjeu du modèle éducatif est désormais de passer de l’ORTF (production pyramidale top down) à Netflix (appropriation par le consommateur de son parcours de consommation).

Evidemment, il ne s’agit pas ici d’optimiser les cours à distance. La Zoom Université n’est pas le sujet. Une bascule profonde du modèle éducatif doit être engagée pour bénéficier des nouveaux standards industriels que sont devenues les plateformes numériques. Cette dynamique de transformation du secteur avait précédé l’émergence du COVID mais la crise va significativement accélérer le mouvement.

Les entreprises ont besoin de collaborateurs plus autonomes, plus flexibles, et en mesure de prendre des décisions responsables dans des univers incertains. Or, aujourd’hui le décalage est profond entre le besoin des entreprises et ce que diplôme le tissu éducatif. Et ce non seulement en France, mais également à l’international, y compris aux Etats-Unis. Il y a un vrai problème de compétences disponibles sur le marché. Un des facteurs explicatifs se situe, entre autres, dans une désynchronisation entre le temps académique et le temps de l’entreprise. Le poids d’une conception « publish or perish » de la recherche traditionnelle, la conception linéaire et limité dans le temps des diplômes (collection d’ECTS), le modèle économique de subventions (et ses contrôles) sont en contradiction avec la puissance et l’agileté du numérique ; ils doivent être revus pour resynchroniser la trajectoire des écoles et des entreprises.

Ce mouvement va conduire à une disparition du modèle du type « je fais mes études, je suis diplômé, je cherche un travail », au profit d’une logique où le système RH des entreprises participera à l’enrichissement du portefeuille de compétences de ses collaborateurs. Le modèle deviendra : « je cherche des entreprises qui par leur portefeuille de partenariats avec des écoles et universités me permettront de construire, de faire évoluer mon portefeuille de compétences et de le certifier tout au long de ma vie ». Les contraintes de retour sur investissements des frais scolarité plaident également en faveur d’une telle évolution.

Les écoles de commerce françaises ont l’agileté pour mettre en place un dispositif de type plateforme, organisant des relations réciproquement gagnantes entre les différents agents. Elles passeront du métier de constructeur à celui d’assembleur. L’enjeu sera d’attirer au bon moment les meilleures ressources, de mettre en synergie des flux à haute valeur ajoutée et responsable, et ce au profit de toutes les parties prenantes. Une telle bascule implique, quoiqu’il en soit, des changements organisationnels absolument majeurs. Pour mener à bien cette mutation, j’estime que le top 10 des écoles françaises devra investir, d’ici 5 à 6 ans, entre 1 et 1,5 milliards d’euros, hors immobilier.

La logique de plateforme implique par ailleurs que nous repensions en profondeur le concept d’élite. Le numérique s’inscrit en effet dans une logique d’horizontalité fluide. Les institutions qui appuient leur référentiel sur une logique d’élitisme, au sens de la noblesse de l’Ancien Régime, ont un siècle de retard. Les entreprises recherchent des « makers ». Il n’est pas rare qu’elles intègrent le/la développeur d’une start-up dans leur comex non pas en raison de son parcours institutionnel, mais parce qu’il/elle est source d’énergie et d’actions. L’enjeu de l’industrie éducative n’est plus de diplômer pour exercer des métiers qui n’existeront plus, mais de former et transformer des individus qui seront acteurs des transitions économiques et sociales du monde demain, donc à des métiers qui n’existent pas.

Biographie de Bernard BELLETANTE

Bernard Belletante est le président fondateur de Trajecthoard dont la mission est d’accompagner des projets de transformation. Il a dirigé EM Lyon, Kedge BS et Euromed Management.

Source : « Education, une industrie en transition » entretien avec Bernard BELLETANTE | Management & Data Science

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