Les villes survivront-elles à la pandémie ? – Courrier International – 18/05/2020

Le coronavirus va-t-il mettre un terme à l’ère des mégapoles ? Sans doute pas, mais les experts prédisent un bouleversement radical des modes de vie urbains.

Pourquoi continuer à payer les loyers les plus chers du monde si l’on doit travailler à distance ? À San Francisco, Google et Facebook ont annoncé le mois dernier que rien n’obligeait la plupart de leurs employés à réintégrer leurs bureaux avant la fin de l’année 2020, rapporte Bloomberg BusinessweekMême scénario au siège de Twitter, où les collaborateurs ont même la possibilité d’opter définitivement pour le travail à domicile.

Dans toute la baie de San Francisco, les travailleurs de la Tech ont accepté jusqu’à présent de louer à prix d’or de minuscules appartements pour vivre à moins d’une heure des campus aménagés par les géants du secteur. Leur départ, s’il se confirmait, changerait radicalement l’économie de la ville. “La pandémie de coronavirus est peut-être en train de mettre un terme à l’ère des mégapoles”, constate Camilla Cavendish dans le Financial Times :

New York, la ville la plus peuplée des États-Unis, totalise à elle seule environ 23 % des décès dus au virus dans le pays. Au Royaume-Uni, Londres a également enregistré 23 % des victimes britanniques ; Madrid, 32 % environ des décès en Espagne ; et à Stockholm la proportion serait encore plus forte, selon le chercheur Joakim Book. Les grands centres urbains sont les nouveaux foyers de peste… Le Covid-19 met clairement au défi les mégapoles.”

L’avènement de la surveillance généralisée ?

Les grandes villes qui comptent parmi les plus prospères du monde sont loin d’être les plus favorables pour élever des enfants, poursuit la journaliste :

Singapour, Tokyo, Hong Kong, Shanghai ou Pékin comptent parmi les villes les plus chères du monde. Ce sont également celles qui ont des taux de natalité parmi les plus bas.”

Singapour et Hong Kong ont certes réussi à contenir le virus, mais c’est au prix de dispositifs sécuritaire contraignants mis au point à la suite de l’épidémie de Sras de 2003. Singapour dispose par exemple d’une législation qui lui permet de jeter en prison les personnes qui enfreignent la quarantaine. “À l’avenir, les villes les plus sûres seront peut-être celles qui auront les systèmes de surveillance les plus efficaces.” Mais ce type de mesures paraît difficilement compatible avec la conception occidentale de la vie urbaine.

Assignés à résidence, hésitant à nous aventurer dans les rues vides de nos villes, nous ne savons pas vraiment à quoi ressemblera la vie urbaine après la pandémie. “Les restaurants vont-ils survivre, les emplois reviendront-ils ? Les habitants accepterontils encore de se déplacer dans des rames de métro bondées ? Avons-nous besoin de gigantesques immeubles de bureaux alors tout le monde est sur Zoom? À bien y réfléchir, l’idée de vivre dans une ferme devient soudain séduisante”, écrit le magazine américain Foreign Policy, qui a décidé d’interroger une douzaine d’experts de réputation mondiale.

Une opportunité pour innover ?

Sans surprise, aucun ne prédit la disparition prochaine des villes. Le géographe Richard Florida assure :

Les grandes villes survivront au coronavirus, Elles ont été les épicentres des maladies infectieuses depuis l’époque de Gilgamesh et elles ont toujours rebondi. La peste noire a décimé les populations urbaines en europe au Moyen Âge et en Asie jusqu’au début du XXe siècle. En 1918, la grippe espagnole a tué jusqu’à 50 millions de personnes dans le monde, ce qui n’a pas empêché New York, Londres et Paris de se développer de façon spectaculaire par la suite.”

Au-delà des mesures immédiates qui permettent de faire face à l’épidémie, les tendances profondes qui affectent déjà les villes vont s’accélérer, prévoit l’urbaniste canadien Robert Muggah : “La numérisation du commerce de détail, le passage à une économie sans numéraire, l’adoption du travail à distance, la piétonnisation des rues…” Pour Robert Muggah, la pandémie constitue une opportunité pour “mieux reconstruire”, promouvoir une “densité intelligente” et des investissements plus écologiques. “Des villes comme Amsterdam, Bristol ou Melbourne développent déjà des programmes qui privilégient l’économie circulaire, la résilience climatique et une lutte efficace contre les inégalités.”

Une hémorragie d’emplois ?

Loin de cet optimisme, l’économiste Edward Glaeser prévient que beaucoup d’emplois urbains sont menacés :

Avant la pandémie, je faisais confiance aux entreprises pour créer suffisamment d’emplois dans les services pour démentir les visions dystopiques d’une économie robotisée. La capacité à offrir du plaisir en servant un café au lait avec le sourire a longtemps constitué une ressource sûre pour les chômeurs à la recherche d’un travail. Mais si les pandémies deviennent habituelles, les interactions humaines susciteront plus de crainte que de plaisir et ces emplois disparaîtront.”

Rien qu’aux États-Unis le commerce de détail, les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie représentent 32 millions d’emplois. Une enquête récente a révélé que 70 % des petits restaurants risquent de fermer définitivement si la crise du Covid-19 dure quatre mois. “Si les pandémies devenaient la norme, des dizaines de millions d’emplois urbains disparaîtraient.”

Priorité aux infrastructures de santé

Pour Rebecca Katz, spécialiste des maladies infectieuses, la pandémie est peut-être sur le point d’inverser les processus d’urbanisation en cours presque partout dans le monde. Vivre là où la densité de population est forte est soudain devenu moins attrayant :

Les jeunes affluaient vers les villes en quête de travail et de formations, d’interactions avec des jeunes de leur âge et de nouvelles expériences culturelles. Aujourd’hui, avec le confinement, les appartements partagés qui permettaient aux nouveaux arrivants de profiter des opportunités de la vie urbaine sont devenus synonymes de claustrophobie. Quant aux citadins aisés, nous les avons vu quitter la ville pour se réfugier dans leurs résidences secondaires. Beaucoup d’entre eux sont en train de revoir leurs choix de vie.”

Maintenir l’attractivité des villes à l’ère des pandémies n’est pas impossible, mais aura un prix : il faudra investir massivement dans les infrastructures de santé et développer les bonnes pratiques

Source : Les villes survivront-elles à la pandémie ?

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