Retour sur la série Westworld : du traçage à la programmation algorithmique des comportements individuels – France Culture – 10/05/2020

Depuis son retour à l’antenne, Signes des Temps s’efforce d’esquisser à gros traits quelques tendances du chaos en train de se construire. Aujourd’hui, l’émission explore l’avenir du traçage informatique à partir de la série Westworld.

Affiche française de la saison 3 de la série Westworld. Crédits : © Allociné

Nous voilà dans un univers inconnu depuis le début de cette pandémie. Inconnu, non seulement à cause de ce virus qui reste mystérieux à beaucoup d’égards, mais aussi à cause de nous – humains. On l’a dit la semaine dernière, l’élément le moins prévisible de la crise qui frappe, n’a pas été l’épidémie mais la réaction des sociétés frappées par le virus.  De l’énigme du confinement, nous passons maintenant aux mystères du déconfinement, et avec lui au spectre de la surveillance digitale.
Ce sont ce temps et cet espace nouveaux que nous tentons de déchiffrer depuis trois semaines dans cette émission et quoi de mieux pour nous y aider que l’anticipation ? En l’occurrence la série Westworld (HBO) qui vient d’achever sa troisième saison sur OCS.
Comme beaucoup d’œuvres de science-fiction, Westworld n’est pas parfaite, loin de là, mais avec ses références à William Burroughs, son univers de robots faussement humanisés et d’humains au comportement programmé, Westworld, dans ses meilleurs moments, est peut-être une des rares à anticiper non pas sur la réalité mais sur les questions qui se posent aujourd’hui autour des applications de surveillance, et plus généralement autour de la gouvernance par algorithme.

Marc Weitzmann s’entretient avec Antoinette Rouvroy, philosophe juridique, chercheuse au Fonds de la recherche scientifique (FRS-FNRS) en Belgique, rattachée au Centre de recherche en information, droit et société (Crids), Paul-Olivier Dehaye, ancien enseignant-chercheur à l’Université de Zurich, avant de se lancer, depuis 2016, dans le combat pour la protection des données, membre du bureau international de MyData.org, une O.N.G qui lutte pour le contrôle de leurs données par les individus, et Tariq Krim, fondateur de Netvibes, Jolicloud et de la plateformes de web éthique Polite. Ancien vice-président du conseil national du numérique.

Il ne s’agit pas juste d’un algorithme mais aussi de tout l’aspect narratif autour de la mise en place d’équipes qui vont déployer ces algorithmes. Ce qui est vraiment en jeu, autour de Stop-Covid, c’est toute une structure étatique française qui va essayer de convaincre la population et qui va mettre en place toute une logique (l’excellence des ingénieurs français, la collaboration avec les autres pays européens…). […] On oublie toute une série d’autres aspects de la collaboration (de révolte, de jeux d’opposition politique…), mais avec des buts légèrement différents […] Et pourquoi ne pas collaborer ? Parce que ces collaborations ont été mises en scène pour des objectifs politiques qui ne sont pas avoués. Paul-Olivier Dehaye.

Le tracking seul n’arrêtera pas le virus. Il peut rendre mieux perceptible sa propagation, responsabiliser les individus, permettre de détecter et de sanctionner ceux qui contreviennent aux injonctions de confinement et de distanciation sociale. Mais tant qu’on n’aura pas assez de tests, de masques, de prophylaxie, de médicaments, de personnel ni de matériel médical, ça reste globalement inefficace et donc globalement illégal. Antoinette Rouvroy.

Ce qui est fascinant avec l’épisode Stop-Covid, c’est qu’il est aussi symptomatique de notre vision française de la technologie. […] On a solutionné sans la compétence technologique qui permet de mettre en œuvre ce que l’on souhaite (une application) et c’est ce qui apparaît notamment dans les différentes hésitations du gouvernement. Désormais, on voit au grand jour que le pouvoir de construire, d’algorithmiser et de développer appartient aux grandes plateformes (Apple, Google…), et qu’elles se sont fixées des limites, à savoir que l’usage des données était essentiellement commercial, au départ. Or, depuis quelques années, on a découvert que les mêmes outils pouvaient être utilisés à des fins politiques, mais ces grandes plate-formes ont l’idée qu’il faut protéger la vie personnelle de leurs utilisateurs, notamment contre les intrusions de l’Etat. Tariq Krim.

Extraits musicaux
Westworld – générique de la saison 3
 » Faces and names  » par Lou Reed & John Cale – Album :  » Songs for Drella  » (1990 – Sire/Warner Records Inc.).

Extrait de la série proposé au début de l’émission (vidéo) : Dolores et Caleb – scène de l’océan (Saison 3 / épisode 3) – en anglais.

Pour en savoir plus 

Page d’Antoinette Rouvroy et sa bibliographie.

Biographie de Paul-Olivier Dehaye et ses publications ; Page d’accueil de Personaldata.IO

Page wikipédia de Tariq Krim ; Page d’accueil de NetvibesPolite (en anglais). A lire, l’histoire de Jolicloud et du jolibook (en anglais).

Page du film  » Mondwest  » (Michael Crichton / 1974) qui a inspiré la série Westworld.

Source : Retour sur la série Westworld : du traçage à la programmation algorithmique des comportements individuels

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