La zététique, nouvel extrémisme de la pensée critique ? – Agora Vox – 04/05/2020

Avant de me pencher sur la zététique et son corollaire : La pensée critique assistée de la méthode scientifique, il me semble qu’Il y a deux erreurs à ne pas faire en ces temps de manipulation de l’information : voir des complots partout et en voir nulle part. Tendance , certes naturelle, qu’a l’homme de bipolariser sa vision du monde.

Convaincu justement que notre monde n’est pas bipolaire, Je me suis souvent questionné sur sa complexité.

Comment tant de croyances et de témoignages attestant de phénomènes paranormaux (Ovnis, Possessions, Polstergeist, etc) et / ou de facultés psychiques extraordinaires (mediumnité, voyage astral, extases mystiques) peuvent-ils coexister dans une réalité commune ?

En l’état de la méthode scientifique actuelle, soit ces phénomènes sont des constructions psychosociales, auquel cas, les témoins de ces phénomènes seraient de formidables sujets d’études pour les psychiatres, sociologues et autres chercheurs en sciences humaines ou alors ils existent en tant que tel et alors notre façon de faire de la science est incapable de les appréhender.

Pour autant, qu’il s’agisse de l’une ou l’autre des hypothèses, ces expériences (vécues ou non) aboutissent à des croyances parfois érigées en vérité absolue (un petit tour sur youtube permet de s’en rendre compte aisément).

Les sceptiques nous disent que face à l’extraordinaire, il semble normal de réclamer des preuves extraordinaires. Pour autant, l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence…
Autant dire qu’une preuve irréfutable pour certains ne l’est pas pour d’autres. Pour illustrer ce fait, lorsque l’armée américaine reconnaît l’authenticité des vidéos de l’USS Nimitz [1]. Nous avons, a priori, une preuve qui illustre le phénomène OVNI de façon incontestable (et donc non comme une construction psychosociale !). Pour autant , cette preuve est tout de même contestée par la majeure partie de la communauté sceptique avançant des hypothèses toutes aussi délirantes que le phénomène sensé être discrédité.

Certes, il est vrai que notre technologie actuelle permet potentiellement de fabriquer à peu près n’importe quelle preuve quand il s’agit de photos ou de vidéos notamment. Mais alors quid des témoignages associés ?

Il est vrai, la question des preuves est particulièrement épineuse.

Qu’en est-il de la méthode scientifique par rapport à cette question ?
Tout d’abord, cette méthode est-elle infaillible ? Est-elle en mesure d’appréhender des phénomènes qui semblent justement défier toutes les lois de la physique ?

Là où les plus sceptiques (zététiciens) considéreront qu’une accumulation de témoignages décrivant un même phénomène (les EMI par exemple) ne constitue pas une preuve, quand bien même il y en aurait des milliers, je considère pour ma part que des témoignages aussi précis et similaires partout à travers le monde (que cela soit pour les Ovnis ou les EMI) doivent nous interroger sur la nature de notre réalité. J’irai même plus loin en disant que la méthode scientifique impliquant la reproductibilité d’un événement ou d’une observation n’est peut-être juste pas en mesure d’appréhender ces phénomènes qui échappent à tout protocole de reproductibilité en laboratoire.

Pourquoi donc ces événements ne sont pas reproductibles ? Voilà une question qui a du titiller bon nombre de croyants comme de sceptiques.

Les hypothèses à ce sujet sont extrêmement nombreuses mais faute de confirmation observationnelle, nous sommes bloqués tel le serpent qui se mord la queue.

Pour la plupart des sceptiques et plus précisément les zététiciens, il ne fait aucun doute que ces phénomènes sont explicables par la science. L’ explication respective de chaque phénomène que j’ai cité repose néanmoins sur le postulat que la science peut tout expliquer. Or je crois que la science n’est jamais un modèle explicatif immuable du monde. Au contraire, il évolue constamment au gré de nos découvertes.

Ce qui était considéré comme des phénomènes relevant de la magie hier ne l’est plus aujourd’hui grâce à la science.

Pourtant, voici le paradoxe des zététiciens : Ils considèrent que leur modèle du monde à un instant T est capable d’expliquer rationnellement les phénomènes paranormaux. Toute autre explication ne recourant pas ou ne cadrant pas avec nos connaissances scientifiques actuelles est exclue.

N’est-ce pas ici une attitude dogmatique voire religieuse ?

En fait, la plupart des zététiciens argue que l’usage de la raison et de la pensée critique les affranchissent de la croyance. Logique, personne ne vous dira qu’il a une vision irrationnelle du monde.

Cependant, comme nous tous, ils restent en proie à de nombreux biais cognitifs.
Nous avons beau les connaître, ils n’en restent pas moins présents dans chacune de nos convictions.

Cela m’amène à me poser une question essentielle. Comment peut-on prétendre donner une explication objective d’un phénomène quand notre perception est-elle fondamentalement subjective ?

Les zététiciens mettent en avant « la suspension du jugement » mais l’appliquent-ils pour eux-même ? Il semblerait bien, à les écouter, qu’il s’agisse d’un concept à géométrie variable…

« La vérité est un pays sans chemin » disait Jiddu Krishnamurti. Ainsi, si pour le croyant, nulle preuve n’est requise, pour le sceptique, nulle preuve n’est suffisante.

Reste l’humilité que chacun devrait chérir devant l’infini complexité de notre monde, nous, « êtres » finis…

Source : AgoraVox

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