Coronavirus : la poignée de main et la bise sont-ils menacés ? – L’Echo Républicain – 04/04/2020

Pour la psychosociologue, Dominique Picard, « il est impossible que les rituels que sont les gestes de salutation disparaissent ». S’ils prennent du plomb dans l’aile avec la peur des virus et des semaines d’isolement, ils réapparaîtront. Même sous une autre forme.Chez les Massaïs, au Kenya, on saute ensemble à pieds joints ; au Tibet, on se tire la langue ; les Bédouins des Émirats Arabes se frottent le nez et en Nouvelle-Zélande, dans les groupes maoris on pratique le hongi, soit l’échange des souffles de vie…À sillonner la planète dans ses moindres recoins, on trouvera des milliers d’autres façons de se saluer. Et la plupart nous sembleront au mieux exotiques… Même si la mondialisation est aussi passée par là.Mais que sait-on en fait de ces gestes qui nous interconnectent les uns aux autres et avec lesquels on est prié de prendre ses distances en cas d’épidémie ? D’un point de vue historique, c’est quasiment la guerre tant les versions divergent à la croisée des disciplines, de l’anthropologie à la sociologie en passant par l’ethnologie, la psychologie, etc.« Regarde, mes intentions sont bienveillantes » Prenons juste la poignée de main. Certains attestent qu’elle est apparue avec les premiers codes de la chevalerie. Dans l’idée que serrer la main droite en guise d’entrée en matière avec son vis-à-vis était une manière de dire : « Regarde, je n’ai pas d’arme donc mes intentions sont bienveillantes. » D’autres défendent l’idée d’une transposition pudique de la pratique animale qui consiste à se humer pour connaître les desseins de son interlocuteur…Une poignée de main pour se dire bonjour est un rituelPour la psychosociologue Dominique Picard, auteur de Politesse, savoir-vivre et relations sociales (*) « le fait de se serrer la main ou de s’embrasser pour se dire bonjour est un rituel ».La nouvelle attestation à téléchargerCela fait partie « des rituels de contact (même quand on le fait de loin), des rituels de salutations qui n’ont pas de signification particulière en eux-mêmes mais qui sont inhérents à une culture ».Dans les grandes lignes et en substance, il y aurait le contact avec contact, le propre des cultures du sud ; le sans contact, comme chez de nombreux Asiatiques et avec des contacts a minima, comme dans la plupart des pays anglo-saxons.Des règles de politesseIci et ailleurs, ce sont évidemment « des règles de politesse ». En France, elles sont même « codifiées dans tous les manuels de savoir-vivre et ce depuis le XVIe siècle ».« Se dire bonjour », explique Dominique Picard, c’est une manière de dire à l’autre je vous reconnais comme faisant partie » de ma société. Par ce geste, « on dit à l’autre qu’il est identifié ». Et « a contrario, qu’il n’est pas ignoré ».« On fait ça parce qu’on a besoin d’être en lien. C’est un signe d’appartenance à un groupe […] remarque la scientifique qui constate aussi l’évolution de ces codes. Exemple : il n’y a pas si longtemps, dans les sociétés occidentales, les hommes ne s’embrassaient pas pour se saluer. Et puis une mode, venue de certains milieux d’Outre-Atlantique est passée par là et c’est désormais « un signe d’appartenance à un même ensemble culturel ».Un geste d’ouverture et de paixLongtemps également, femmes et hommes ne saluaient pas de la même façon. Le temps, pourtant si proche, où « les hommes saluaient en soulevant leur chapeau » semble antédiluvien. « Il y a toujours eu des règles mais on assiste maintenant à une sorte de nivellement entre les sexes », note Dominique Picard, en précisant que « le besoin de saluer et d’être salué est inhérent à toute société humaine. Il n’existe pas de groupe social sans rituel de salutation ».Le coronavirus aura-t-il raison du bécot sonore et de la poignée de main ? La psychosociologue est dubitative. Parce que « la situation actuelle est inédite. On ne sait pas si les mêmes gestes survivront ou s’il y en aura de nouveaux […] Il semble impossible que les rituels disparaissent. On ne peut pas s’en passer, on en a trop besoin ». Tendre la main restera toujours « un geste d’ouverture et de paix ».(*) Paru aux Presses Universitaires de France dans la collection Que-sais-je ?.

Source : Coronavirus : la poignée de main et la bise sont-ils menacés ? – Paris (75000)

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