« Le complotisme naît de l’incapacité du peuple français à imaginer la bêtise de nos dirigeants » (Hélène Strohl) – Le courrier des stratèges – 01/04/2020

Hélène Strohl pointe l’incompétence des dirigeants français et de la haute fonction publique dans la gestion de l’épidémie de coronavirus. Hélène Strohl, IGAS honoraire. A publié  L’État social ne fonctionne plus, éditions Albin Michel, 2008, et avec Michel Maffesoli, La faillite des élites, éditions du Cerf, 2019.

Le monde tente diverses stratégies contre les morts évitables du Covid 19, la France se perd dans des débats idéologiques et méthodologiques.

D’aucuns se réjouissent de ce qu’en période d’épidémie les églises, temples et autres lieux de rassemblements religieux soient fermés, au contraire des périodes antiques ou médiévales pendant lesquelles les malades faisaient flamber l’épidémie dans divers rassemblements et processions.

Mais il n’est pas sûr que le culte de la la divinité « science », notamment dans ses acceptions méthodologiste et matérialiste obéisse à beaucoup plus d’objectivité ! Il est clair en tout cas qu’un rationalisme à courte vue a imposé depuis les années 90 une vision de la politique de santé technocratique et comptable, incapable d’anticiper les phénomènes et de développer une vision holistique de l’état de santé d’une population.

Peut-être les théories complotistes, attribuant l’état d’impréparation et de manque de nos gouvernants à une volonté d’avoir toujours plus de pouvoir et d’argent ressortissent-elles tout simplement de l’incapacité de l’opinion publique à imaginer la bêtise de nos élites !

Vision scientiste et mécaniciste de la science

L’introduction de la biostatistique en médecine a peu à peu estompé la conception de celle-ci comme un art pour ne retenir pour preuve que les effets mesurables selon une méthodologie dite de l’essai en double aveugle, c’est-à-dire avec un groupe témoin à qui on n’administre qu’un placebo. Pour être efficace et obtenir un autorisation de mise sur le marché, un médicament doit non seulement avoir prouvé qu’il n’était pas ou peu toxique, mais également qu’il obtenait de meilleurs résultats calculés selon des variables cliniques, des durées de survie etc. que le placebo, c’est-à-dire le comprimé ayant le même excipient que le produit testé, mais sans principe actif. Ce que ni le malade à qui on donne le placebo, ni le médecin qui le lui prescrit ne savent.

Comme cela a été largement discuté dans les médias ces derniers jours, c’est ce système que n’a pas pratiqué le docteur Raoult, pour des raisons pratiques (le temps de l’essai) et éthiques : ne pas donner un médicament dont on subodore l’efficacité quand on n’a rien à donner d’autre pour une maladie dont le développement létal est très rapide ne lui paraissait pas éthique.

Peut-être les théories complotistes, attribuant l’état d’impréparation et de manque de nos gouvernants à une volonté d’avoir toujours plus de pouvoir et d’argent ressortissent-elles tout simplement de l’incapacité de l’opinion publique à imaginer la bêtise de nos élites !

Au contraire disent ses détracteurs : on ne pourra jamais savoir si l’hydroxichloroquine a un effet réel ou simplement placebo, voire s’il s’agit de guérisons dues au médicament ou simplement de guérisons spontanées. Et dès lors il est contraire à l’éthique de « donner de faux espoirs ».

Ce sont ces deux assertions qui relèvent d’un scientisme à courte vue. En effet, ce que disent les méthodologistes, tenant de l’essai en double aveugle dans tous les cas, c’est qu’on ne saura jamais si l’effet de cette thérapeutique est dû au principe actif, au processus naturel de développement de la maladie avec un taux de guérisons spontanées important ou à l’effet placebo.

La comparaison du pourcentage de guérisons par chloroquine avec le taux naturel de guérisons est quasiment impossible dès lors qu’on ne connaît pas par absence de dépistage systématique le nombre de personnes contaminées, qui ne sont pas allées à l’hôpital et qui ne sont pas mortes. Curieusement la rigueur scientifique de nos autorités de santé n’a pas peur de dispenser des statistiques manifestement fausses sur le nombre de morts du Covid 19, en n’y incluant ni les morts dans les EHPAD, (et autres lieux collectifs, prisons, camps de réfugiés) ni ceux décédés à domicile. Mais comme je l’ai entendu tout au long de ma carrière au ministère des affaires sociales et de la santé de la part de hauts fonctionnaires statistiquophiles, « mieux vaut des statistiques fausses que pas de statistiques (sic) ! »

Mauvaise foi des arguments sur le placebo

La comparaison des effets de la chloroquine avec un effet placebo considère que seul l’effet biologiquement prouvé serait réel. Or l’effet placebo est bien réel, même s’il met en jeu des mécanismes que nous ne comprenons pas forcément dans l’état actuel de la science et dans une conception purement matérialiste de celle-ci. C’est une controverse récurrente dans notre pays, qui préfère que la population se gave de psychotropes, d’antibiotiques et autres médicaments « à service médical rendu prouvé » plutôt que de gentiment se soigner à l’aide d’homéopathie, de phytothérapie voire de diverses thérapeutiques corporelles douces.

On avance aussi qu’administrer un médicament ancien et non toxique, rappelons-le, sans avoir démontré, groupe témoin à l’appui, qu’il était efficace serait agîter de faux espoirs. Alors même que ces faux espoirs ne tuent pas dès lors que personne n’abandonne un autre traitement pour celui-ci. Et que l’on sait, que l’effet « espoir », l’effet « croyance » ne sont pas dénués d’efficacité !

Notre administration sans passion ni imagination, se réfugie derrière un méthodologisme étroit, une gestion à courte vue, une sorte d’idéal de vieux comptable rassis.

On agite alors les effets toxiques possibles du médicament, en mettant en avant des cas d’intoxication ou de malaise cardiaque après automédication voire ingestion de substance à usage vétérinaire. Oublieux que l’on est de l’ancienneté et de l’importance de la consommation du médicament pour d’autres indications.

Comme s’il fallait reprendre à zéro tout le processus de preuve.

Les motifs irrationnels du refus de la choloroquine

C’est exactement ce que font toujours nos autorités de santé quand elles ont des motifs autres que rationnels ou objectifs pour refuser telle ou telle thérapeutique : surtout ne nous fions pas aux essais faits dans d’autres pays. Par exemple pour l’usage thérapeutique du cannabis ! Il faudrait dire que ce nationalisme étroit joue aussi dans le sens contraire, quand on continue à prescrire dans notre pays des substances dont d’autres ont démontré la nocivité : ainsi du Distylbène qui n’avait aucune efficacité pour la prévention des fausses couches et a provoqué nombre de malformations chez les enfants dont les mères en avaient absorbé et qui a été interdit aux États-Unis plus d’une dizaine d’années avant la France !

C’est cette incapacité à développer un raisonnement un peu ample, une pensée inventive et ouverte qui caractérise nos autorités de santé. Notre technocratie en général. C’est aussi l’absence d’empathie, de ce que Didier Raoult nomme « la raison Tom » : en cas de choix entre un médicament non nocif, mais  à effet supputé et pas de traitement du tout, que choisirait un médecin pour son fils Tom.

Notre administration sans passion ni imagination, se réfugie derrière un méthodologisme étroit, une gestion à courte vue, une sorte d’idéal de vieux comptable rassis. Il nous faut des chiffres. Peu importe ce qu’ils recouvrent. On ne comprend que les chiffres. Et surtout les chiffres tels que dispatchés dans les cases prévues par nous, celles des instructions, circulaires et autres normes édictées par nous.

Une logique comptable et incapable d’imagination

C’est cette absence de vision, cette absence d’anticipation qui explique en large part, la défiance face à une médecine qui reste avant tout empirique et holistique au profit d’une science bio-statistique peu créative.

Difficile d’admettre pour nos statisticiens, formés au pur calcul, qu’il n’y a de recherche que fondée d’abord sur l’intuition et l’observation. Que les statistiques vont certes apporter la preuve d’un processus, mais par après.

De même les décideurs de la politique de santé ne sauront-ils pas anticiper et notamment constituer des provisions pour des risques qui n’existent pas encore, tel celui de nouvelles épidémies. La logique comptable calcule chaque année les dotations budgétaires à partir des consommations de l’année précédente. Dans cette logique, des masques jetés sans avoir été utilisés n’avaient pas à être remplacés ! De même qu’il était plus économique de ne plus faire produire les réactifs en France, même si la désindustrialisation est plus coûteuse que les économies réalisées dans l’achat de produits à meilleur marché. D’autant qu’on n’imaginait pas qu’il puisse s’agir de produits un jour non importables.

La dénonciation des complotistes, argument d’autorité

On a vu tous ces derniers jours les réseaux sociaux s’enflammer et se livrer à de folles hypothèses pour expliquer à la fois le refus de laisser prescrire la chloroquine aux cas précoces et en médecine de ville et l’absence d’efficacité dans la stratégie de santé publique, notamment en matière de protection des soignants (y compris à domicile) et de dépistage.

Peut-être le peuple a-t-il seulement tort de ne pas s’apercevoir que le roi est nu, que les élites sont formées dans des écoles où le calcul, l’addition en colonnes tient lieu de raisonnement, où la soumission à l’autorité tient lieu d’imagination et où l’annualité budgétaire tient lieu d’horizon.

Les autorités et les médias bien pensants ont alors beau jeu de dénoncer « un complotisme teinté d’extrême droite et d’antisémitisme ». Confondant d’abord dans une même réprobation les histoires parfois fantaisistes sur l’origine du virus échappé d’un laboratoire, produit pour doper la vente à venir de vaccins etc. et les analyses plus fondées sur les stratégies des laboratoires pharmaceutiques. Comme si c’était la première fois que de telles allégations sont avancées et qu’elles n’avaient jamais été prouvées !

En tout cas,  il conviendrait plutôt que de les stigmatiser de réfléchir à ce que veulent dire les théories complotistes, à ce qu’elles révèlent de déconnexion entre le peuple et les élites.

Si l’on pense que nos dirigeants ont été assez incompétents pour ne pas s’assurer que le pays disposait des réserves nécessaires en produits de lutte contre une pandémie, alors que celle-ci nous a déjà menacés plusieurs fois dans les vingt dernières années, comment accuser le bas peuple de croire aux histoires les plus étranges, d’un virus échappé d’un laboratoire ou autres légendes. D’une certaine manière les complotistes attribuent une intelligence et une capacité stratégique à leurs gouvernants plutôt que de constater qu’ils sont tout simplement incapables et dépassés !

Peut-être le peuple a-t-il seulement tort de ne pas s’apercevoir que le roi est nu, que les élites sont formées dans des écoles où le calcul, l’addition en colonnes tient lieu de raisonnement, où la soumission à l’autorité tient lieu d’imagination et où l’annualité budgétaire tient lieu d’horizon. Et que dès lors, bien loin d’ourdir quelque complot géopolitique que ce soit, nos gouvernants se contentent de contempler les résultats des divers comptages, ceux du budget, ceux des sondages d’opinion, ceux des études statistiques les plus fantaisistes. Mais tout ceci au nom de la science !

Source : Strohl : « Le complotisme naît de l’incapacité du peuple français à imaginer la bêtise de nos dirigeants » – Le courrier des stratèges

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